Thaon-les-Vosges – Les Merveilleuses et Insolites

Thaon-les-Vosges

 

 

D’azur au taon d’or ailé d’argent

Nom des habitants : Thaonnais, Thaonnaise

Altitude : 337 mètres

Jumelé avec Alzenau (Allemagne)

 

Blason : il s’agit d’un exemple « d’armes parlantes », c’est-à-dire une représentation qui
figure un homonyme du nom du possesseur de celles-ci. Ici, un taon. 


Description historique

L’origine du nom « Thaon » viendrait de Tato, un nom germanique. Il
est mention de Thaon dans un acte de 1003, où Henri II, l’Empereur germanique, confirme les droits de l’abbesse du chapitre d’Epinal sur la « grande seigneurie » de Thaon. La
« petite seigneurie », elle, dépendait alors de l’évêque de Metz. Cette division explique le fait qu’il y eut deux maires jusqu’au XVIIIème siècle. A cette époque Thaon les Vosges
s’appelait : « ad tadonem »  ce qui signifie « le poste dans la vallée ». D’un poste du guet et d’accueil, celui-ci est rapidement devenu un
village.

 

Outre les nombreuses guerres qui ravagèrent la région, le village de Thaon fut victime à plusieurs reprises des caprices de la
Moselle, qui débordait régulièrement. Un incendie ravagea la localité au XVIème siècle. Un extrait des comptes de l’an 1600 fait état d’aides apportées par le duc de Lorraine aux victimes.
D’après ce document, les pertes s’élevaient à 21 maisons, ce qui représentait alors la moitié du village. Un autre incendie, vers la fin du XVIIIème siècle, détruisit à nouveau le village en
grande partie.

 

La guerre franco-prussienne, en 1870, avec la perte de l’Alsace-Moselle, aura des conséquences directes sur le futur de la
petite localité : Un groupe d’industriels alsaciens se met d’accord avec des homologues vosgiens pour implanter une industrie de blanchisserie et de teinturerie dans les Vosges. Cette
décision est motivée par un désir patriotique d’opter pour la France, mais également par des réalités économiques puisque les usines alsaciennes, devenues allemandes, ne pouvaient plus vendre
leurs produits sur le marché français.

 

C’est la ville de Thaon qui est retenue pour le projet. En effet, les nombreux axes de communication qui la traversent (le
Canal, le chemin de fer, la route nationale), et sa main d’œuvre abondante, constituent des avantages significatifs. C’est ainsi qu’en 1872 est née la « BTT » de Thaon, co-dirigée par
Jacques-Christophe Dieterlen et Armand Lederlin.

 

L’arrivée de la BTT entraîne une explosion démographique. Entre 1875 et 1913, on passe de 750 à 2600 ouvriers. On nécessite
alors de nouveaux aménagements : des logements, des ponts, des chemins d’accès, de l’approvisionnement en nourriture.

 

D’autres industries textiles de renom viennent s’implanter à Thaon, parmi elles le fameux groupe Boussac. Finalement, au
total, les bâtiments industriels ou reliés à l’industrie représentent un quart de la localité.


Légende, tradition ou personnage remarquable

Armand Lederlin 

 

(1836-1919): Il est l’emblème du développement urbain et industriel de la ville. Ce Strasbourgeois de naissance fait carrière
en Alsace jusqu’à devenir directeur d’une teinturerie du nom de Steinheil, Dieterlen & Cie. A l’âge de 40 ans, quand l’Alsace devient allemande, il travaille à l’implantation de la BTT à
Thaon.

 

Sa gestion industrielle suit le modèle paternaliste de l’époque. C’est ainsi qu’il construit des cités-ouvrières, des
cités-jardins, des fermes pour l’approvisionnement de ses ouvriers, des associations sportives, ainsi que la fameuse Rotonde, qui fait office de foyer social, jusqu’à devenir lui-même le maire de
Thaon en 1884, fonction qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1919. Son fils Paul, puis son petit-fils Paul Alexandre, dit Sacha, prirent ensuite sa succession.

 

Armand Lederlin est immortalisé par une fresque murale jouxtant la place de l’église, entouré de symboles associés à la ville
ou à ses origines. Il existe également deux statues à  son effigie dans la ville.

La « Femme à barbe » 

 

Née à Chaumousey, Clémentine Delait (1865-1939) passa son enfance à travailler dans les champs. Mariée, elle tint une
boulangerie et un débit de boisson avec son époux. A 36 ans, elle décida de se laisser pousser la barbe. La clientèle, mue par la curiosité, se fit alors de plus en plus abondante, si bien que
l’enseigne du café fut renommée « Café de la Femme à Barbe ». Pendant la Première Guerre Mondiale, Clémentine s’engagea dans la Croix Rouge, étendant ainsi sa renommée à l’échelle
nationale. Après la guerre, elle et son époux ouvrirent une mercerie à Plombières, qui connu tout autant de succès. Elle voyagea alors par delà l’Europe pour satisfaire la curiosité de diverses
personnalités. Quand son mari mourut en 1928, elle ouvrit à nouveau un bar à Thaon, où elle proposa des spectacles de cabaret. On y venait depuis les îles britanniques. Ce café fut démoli pour la
construction du Foyer des Mutilés en 1923.


Monuments / patrimoine

La Blanchisserie et Teinturerie de Thaon

 

Elle fut construite en 1872 par Armand Lederlin, suite à l’annexion de l’Alsace un an plus tôt. Au début du XIXème siècle, on envisagea cet endroit
pour produire du foin pour l’approvisionnement de la cavalerie. On réalisé donc des travaux afin de le protéger des inondations. Ce projet initial échoua, et c’est la BTT qui profita de cet
avantage. L’usine devint rapidement la plus grande blanchisserie d’Europe, atteignant un effectif de presque 3 000 ouvriers.

 

L’église Saint Brice

 

En 1733, on démolit la chapelle de Thaon qui avait été trop endommagée par des inondations. On construisit alors l’église Saint-Brice à un endroit
peu exposé à ce risque. Pourtant, en 1760, elle ne fut pas épargnée par un débordement de la Moselle. Un siècle plus tard, on déplora son état dégradé et l’architecte Adam établit des plans de
reconstruction.  Ce n’est qu’en 1872 que les travaux furent entrepris par M. Van-Heers, le même entrepreneur qui s’occupa de la conception de la BTT et des premières cités. Elle fut achevée
en 2 ans. 

 

Les cités ouvrières et les cités-jardins :

 

Au centre-ville, le quartier de la Corvée est la cité ouvrière la plus ancienne : petites propriétés sans terrain, l’organisation est très stricte
et rectiligne : une architecture typique de la fin du XIXème siècle. D’autres cités ouvrières sont construites par la suite, grâce notamment à la BTT et l’usine Boussac. L
es cités Valentin (construites fin XIXème), le village « nègre » (construit vers 1920), les cités Cuny
(construites dans les années 1910 et probablement terminées après guerre) et la cité du 149 (construite en 1920).

Thaon se dote également de cités-jardins à partir de 1909, d’après une idée anglaise : La cité de la Marseille (construite entre 1909 et 1924), la
cité de la Cheneau (construite entre 1926 et 1930), la cité Jacquard (construite au
milieu
des années 20)
, rue de Lorraine (construite entre 1920 et 1940 environ).

 

L’abondance de la verdure était considérée comme un principe bénéfique pour les ouvriers. C’est une nouveauté à l’échelle lorraine, où cette
tendance est rare avant la Guerre de 1914-1918. L’architecture alsacienne de ces cités rappelle l’origine des ouvriers.

 

Dans son ouvrage de 1914 intitulé « Les Oeuvres sociales de la BTT », Paul Lederlin décrit sa vision des cités jardins de Thaon-les-Vosges
:

 

« Tout
un quartier nouveau a été créé. Appliquant les idées très heureuses émises pendant ces dernières années par différents sociologues, la direction y a fait construire des Cités-jardins, habitations
à un, deux, trois, ou quatre logements, chaque maison se trouvant d’un grand jardin où les ouvriers cultivent eux-mêmes fleurs et légumes. Ces cités-jardins forment un ensemble très
attrayant : les maisons, véritables villas environnées de fleurs et ombragées par des grands arbres, ont été construites sur des modèles aussi différents que possible les uns des autres et
leur diversité ne constitue pas le moindre attrait qu’y trouvent les ouvriers. Les logements sont clairs et spacieux ; les jardins sont généralement très bien entretenus : il se
produit, d’ailleurs à ce propos, une véritable émulation entre les familles ouvrières, qui s’adonnent avec beaucoup de plaisir à la culture et y mettent tous leurs soins. »


La Rotonde

 

Ce bâtiment qui fait la fierté des Thaonnais a été construit en deux temps : en 1913 par l’architecte Desclers, puis,
après une pause pendant la Première Guerre Mondiale, par Albert Hébrard, qui installa la coupole.  Ses fresques ont été réalisées par le peintre de renommée nationale Loÿs Prat
(1879-1934)

 

C’est le directeur industriel de la ville qui est à l’origine de ce projet. L’explosion démographique faisait apparaître la
nécessité de pourvoir aux besoins sociaux qui en découlaient. La Rotonde avait donc une fonction de foyer social et de lieu d’activités sportives et culturelles. Elle abritait des bains-douches,
une salle de réception, une salle de théâtre, des équipements sportifs, une salle à manger, un cercle privé réservé aux cadres, et un théâtre se voulant imiter le Châtelet de Paris. Elle ouvrit
ses portes pour la première fois en 1923. Elle tomba ensuite en décrépitude pendant le déclin industriel des années 1960, mais la ville la racheta en 1975. Elle est inscrite à l’Inventaire des
Monuments Historiques depuis 1986. Aujourd’hui, elle est devenue un lieu de spectacle renommé. 


L’oratoire

 

En 1907, l’église devient saturée lors des offices et ne peut plus accueillir tous ses fidèles. Il se pose aussi le problème d’une garderie
d’enfants : la seule qui existe alors se situe au centre-ville, ce qui est éloigné pour certaines familles. Le curé de l’époque songe alors à un projet palliant les deux problèmes : la
construction d’un oratoire et d’une garderie, mais le projet n’aboutit pas, faute de moyens. Ce n’est qu’au début de l’année 1912 que l’oratoire est ouvert au culte. La chapelle de
« l’Ermitage Saint-Meinrad » est construite en contrebas en 1914.

 

La statue de la Vierge

 

Au début de la Première Guerre Mondiale, le souvenir de 1870 est encore bien présent, et l’angoisse est grande de revoir
revenir les Allemands pour prendre la ville. C’est dans ce contexte d’anxiété que le curé Bogard et quelques paroissiens prennent une décision solennelle, le 24 août 1914 :

 « Si le sol de Thaon n’est pas foulé par l’ennemi, si notre pays n’est pas
dévasté, nous prenons le double engagement que voici : nous élèverons en la propriété de Notre Dame une statue de la Vierge regardant Thaon. Non content de faire notre grande fête du Lundi de
Pentecôte, nous célébrerons l’octave tout entière avec une grande messe et office du soir. Ce dernier sera une procession si le temps le permet. O bonne mère, accordez-nous la grâce désirée et
nous serons fidèles à notre engagement. »

Après la guerre, l’engagement est tenu. La statue de fonte sera acheminée des ateliers du val de l’Oise le 8 septembre 1919.
Elle est inaugurée le 21 septembre par une procession, dit-on, de 5 000 personnes partant de l’église.